Tout comme Georges Franju en 1962, Claude Miller s'attaque à un chef-d'oeuvre de François Mauriac : "Thérèse Desqueyroux". Tout comme Franju, l'adaptation est de qualité et le film se regarde avec intérêt.

Pourquoi les hommes racontent-ils si brillamment des histoires de Femmes qui s'affranchisent des interdits et de la morale d'une époque pour vivre leur passion ? Peut-être parce que seuls les hommes connaissent la souffrance qui les lacèrent lorsque ces femmes les quittent et qu'il est trop tard pour les retenir. (cf : Mauriac, Flaubert, Tolstoï, ...)

affiche-therese-desqueyrouxThérèse Desqueyroux, c'est de sa vie provinciale qu'elle ne veut plus. D'ailleurs, l'a-t'elle voulu un jour ? Aussi loin qu'elle se souvienne, tous les silences qui lient les gens de cette région du sud ouest, toutes ces émotions qu'on ne nomme pas, la cruauté de la chasse qui la révulse, ces mariages qui s'arrangent entre familles pour augmenter un patrimoine, protéger un nom et sauvegarder une réputation. C'est de toutes ces conventions, de cette culture dont Thérèse veut se libérer. Elle souhaite sortir des sentiers battus qui jalonnent sa vie, et qui vont à l'opposé de ce qu'elle désire réellement. Un mal intérieur la ronge à tel point qu'elle devra en passer par un acte insensé.

Ce que voudrait Thérèse Desqueyroux, ce serait de pouvoir dire les choses, parler de ce qu'elle aime, les saveurs, ses sentiments, ses désirs, mais à qui ? Cette liberté, elle croit la trouver au détour d'une rencontre avec Jean Acevedo, l'étudiant parisien. A ses côtés, elle s'autorise à dire ce qu'elle pense et c'est une expérience fantastique. Mais ce rapprochement ne symboliserait-il pas un tabou qu'on brise, un éloignement avec sa famille ? Éloignement aussi de sa fille qui, déjà, grandit loin d'elle ? L'héroïne devra faire des choix, d'ou une période de souffrance dû à des tiraillements intérieurs. Desqueyroux/Tautou ne montre aucune culpabilité à se détacher peu à peu du monde auquel elle appartient, pour se rapprocher peu à peu de son idéal.

Miller a su décrire les tensions d'une femme prise dans un étau, entre sa passion et sa culture. Au demeurant grande propriétaire terrienne landaise. Une fois de plus, après Emma Bovary ou bien Anna Karenine, Thérèse Desqueyroux est une petite bourgeoise de province qui n'est pas satisfaite par son quotidien.

A ce jeu de la névrose qui l'envahie peu à peu, Audrey Tautou interprète superbement une Thérèse Desqueyroux prête à basculer dans la folie. Elle fait oublier une Emmanuelle Riva (1962), trop "parisienne" et distante dans son jeu.

En fait, ce film a la lenteur du temps qui passe, l'ennui s'immisce subrepticement. Dès les premières image vont s'opposer la joie et la vie des enfants à ces pins des Landes qui s'entremêlent les uns aux autres dans un paysage tortueux. Si on se réfère au modèle de Kurosawa, ceci annonce sûrement une évolution tourmentée. Ce sera le cas bien entendu.

Miller reste fidèle au texte de Mauriac. Les quelques libertés qu'il s'octroie sont liées à l'ordre des séquences qui ne respectent pas toujours le texte. Mais cela n'a pas d'incidence sur l'histoire. En comparaison, je me suis toujours étonné que le film de Franju en 1962 respectait à la virgule prêt le livre. Ne serait-ce que la première séquence de la sortie du tribunal. Je n'ai eu la réponse que récemment en regardant avec plus d'attention le générique du film de Franju : c'est François Mauriac lui-même qui en était le scénariste... ceci peut expliquer cela.