Pour cette rentrée littéraires 2013 très franco-centrée, Jean Rolin livre son "Ormuz".Ormuz - Jean Rolin (2013)

Déjà remarqué par la critique qui, disons-le, n'en tarit pas d'éloges : "Un geste hautement littéraire, tout ensemble fantasque et minutieux, concerté et déraisonnable, cocasse et mélancolique, que seul Jean Rolin était susceptible d'entreprendre et de mener à bien." dit Nathalie Crom dans le Télérama du 31 août 2013. Mais voilà, je me suis plutôt senti en phase avec la critique du magazine "les inRockuptibles" du 14 au 20 août 2013 : "Si le récit concentre des ingrédients à fort potentiel explosif, il se noie malheureusement sous une accumulation de détails maritimes qui font boire la tasse au lecteur." En effet, j'ai non seulement bu la tasse, mais j'étais surtout très proche de la syncope.

Où Jean Rolin veut-il entraîner le lecteur ? Il n'y a aucune ironie dans ma question mais je me rends compte que, de livre en livre, l'oeuvre de Rolin apparaît et je m'en éloigne un peu plus à chaque nouvel ouvrage. Je le regrette d'autant plus que Jean Rolin c'est un véritable écrivain qui foisonne d'idées nouvelles. Son écriture est fluide, synthétique. Je ne peux pas expliquer mon rejet de ses derniers livres, disons qu'à leur lecture je m'y ennuie. "Le ravissement de Britney Spear", je l'avais trouvé intéressante cette idée d'une balade Bling-bling dans les rues et les restaurants branchés de Los Angeles magnifiés par la quête d'une chanteuse pour adolescents. Il n'avait toutefois fallu qu'une centaine de pages pour m'épuiser. Je ne suis pas lecteur de la presse people.

Cette fois-ci, Rolin transpose son récit sur les rives du Golfe Persique, entre l'Iran et le Sultanat d'Oman. On retrouve toujours en filigrane cette admiration de Rolin pour l'Amérique. Ici, il s'agit de la présentation de Destroyers de l'US Navy qui sillonnent le Détroit d'Ormuz, tels des gendarmes qui protégeraient cette autoroute du transport des hydrocarbures et sanctionneraient ceux qui ne respecteraient pas les distances entre les différents acteurs locaux (l'Iran et son embargo au premier chef). "Ormuz" de Jean Rolin est un objet littéraire que je ne saurais pas précisément identifier, mais le livre s'apparenterait plutôt à un essai de géopolitique, voire un article du "Monde Diplomatique" ou bien de "Courrier International". J'y ai découvert ce qu'était un conflit asymétrique et appris que dans la péninsule arabique il existait de véritables salons du missile, où nos pays exposent les dernières trouvailles balistiques. A part cela, c'est peut-être sous les grosses chaleurs d'Abou Dhabi où bien encore sur les routes désertiques d'Oman que j'ai attrapé une insolation. Le récit est rendu touffu par la multitude de détails. Rolin semble vouloir justifier sa connaissance du Détroit d'Ormuz en empilant une succession de descriptions qui n'apportent, au final, pas grand chose à l'histoire.

Le problème avec ce type de récit, c'est qu'il n'a rien d'universel. Il s'adresse a un lectorat occidental, "wasp" disent les américains ("protestants anglo-saxons blancs"). En effet, au-delà des descriptions des paysages désertiques plutôt bien écrits, il ne faut pas se pencher beaucoup par dessus la barrière de la bonne conscience pour voir apparaitre quelques formulations "tendancieuses".

Je me retourne sur ce que je viens d'écrire et me rends compte qu'en fait, je ne parle pas beaucoup de l'histoire. Mais est-ce bien important ? Il n'y a pas grand chose à en dire. Le narrateur attend Wax, un étrange individu dont on ne sait pas vraiment s'il appartient aux services secret français. Wax à l'étonnant projet de traverser le Détroit d'Ormuz à la nage et ce, bien que nageant très mal. Donc, disais-je, le narrateur attend Wax dans différents hôtels. Mais il ne reste pas sans rien faire. Il visite, marche, circule, nage, navigue, observe aussi. Il note tout ce qui pourrait sortir de l'ordinaire car il devra ensuite faire le récit de l'exploit de Wax. Wax, un peu comme Godot, on l'attendra longtemps. Ce récit concerne plutôt les conjectures d'un individu qui attend.

On pourra regretter aussi le manque de fantaisie du livre. En fait, le texte est très bien renseigné et rigoureux, comme pourrait l'être un premier de la classe. Mais on ne peut pas dire que ce soit avec eux qu'on s'amuse le plus.

Détroit d'Ormuz (carte)

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