J'ai littéralement été bluffé par ce film. Non seulement parce que je m'attendais à un fade remake de "Million Dollar Baby" (2004) de Clint Eastwood, ce qui n'a pas été le cas, mais j'ai surtout vu un très bon film japonais.100 Yen Love C'est peu de chose que d'affirmer que je n'avais pas ressenti un tel intérêt depuis le "Love Exposure" (2008) de Sono Sion. Les maîtres de l'irrévence que sont Ōshima  et Wakamatsu semblent avoir trouvé leurs successeurs, les Sono, Take et j'espère Hamaguchi Ryusuke, qui laisse beaucoup d'espoir aux amateurs de cinéma japonais avec "Senses" (2015) (bientôt commenté dans le Monde de Kikushiyo) qui sort actuellement en France.-

Serions-nous en train d'assister à l'émergence d'un nouveau cycle du Cinéma Nippon ? Imaginons qu'après l'Âge d'or, la nouvelle vague, la J Horror ou le Pink Eiga, on pourrait évoquer soit le "Black Age", soit la "Decadence Way". Cycle où l'on sonde les tréfonds de l'âme japonaise.

Certes, depuis bien longtemps le 7ième Art japonais n'est plus uniquement qu'une succession de belles images très esthétisantes, dont les précurseurs filmaient du théâtre Kabuki. Précisément, il a fallu attendre très longtemps avant qu'Ōshima Nagisa vienne jeter un premier pavé dans la mare de la consensuelle société japonaise. En 1960, son OVNI "Nuit et Brouillard du Japon" est la clef de voûte de la Nouvelle Vague japonaise. Ensuite, Ōshima n'aura de cesse que de s'attaquer aux tabous d'une société trop lisse, en tout cas telle qu'elle est montrée au cinéma. Il évoque le racisme anti coréen, l'homosexualité, l'absurdité de la guerre, ...

"100 Yen Love", c'est avant tout la confirmation d'une grande actrice, Andô Sakura. Quand on se penche sur sa filmographie, on se rend compte qu'elle a déjà collaborer avec les contemporains qui font le cinéma japonais : Kurosawa Kiyoshi, Sono Sion, etc. Andô irradie le film par son jeu, par sa transformation physique et par ce qu'elle montre de sa maîtrise de la chorégraphie de la boxe. L'actrice a dû s'entrainer beaucoup parce que ça transparait à l'écran.

100 Yen Love (3)Le réalisateur, TAKE Masaharu, utilise la boxe comme l'outil de la rédemption d'une vie gâchée. Saito Ichiko est une jeune femme, Hikikomori d'une trentaine d'année, elle vit depuis trop longtemps auprès de sa mère. Quand sa soeur Fumiko, consécutivement à un divorce, est revenue cohabiter au domicile familial avec son petit garçon, rien de va plus entre les deux soeurs qui entretiennent des relations plus que conflictuelles. Ichiko se laisse aller et n'a pas grand chose qui la rattache à sa féminité. Perdue entre des repas à base de chips et des jeux vidéos, la jeune femme se perd dans le quotidien, jusqu'au jour où elle va devoir quitter le domicile familial, sa mère ne supportant plus son inactivité et ses bagarres. Ichiko devra travailler de nuit dans un "100 yen", ces magasins low cost, pour payer son nouveau loyer. C'est dans ce cadre qu'elle va faire la connaissance de Yuji, qu'elle vient épier lorsque celui-ci s'entraine dans une salle de boxe. Mais elle n'ai pas au bout de ses peines, son chemin est jallonné de désillusions, d'un viol, d'un supérieur qu'elle n'aime pas et de sa première histoire d'amour qui bat de l'aile parce qu'elle est en sens unique.

Le film de Take se déroule chez le petit peuple, celui qui vit dans des logements précaires et qui survit en mangeant dans les Bento et les "100 yen" dont le slogan est : "la vie est merveilleuse" alors qu'elle ne l'est pas. Ichiko va tenter de s'extraire de ce bourbier. Pour cela, elle va se battre contre la vie qu'elle mène et se mettre à la pratique de la boxe. Ce sport qui va la sortir de la fange et la métamorphoser.

Ce que je vois comme irrévérence, c'est la place centrale que Take donne à cette jeune femme qui prend ce que la vie lui donne, c'est-à-dire pas grand chose. La caméra sur l'épaule, le réalisateur suit Ichiko dans les méandres de sa vie minable. Dans le cinéma japonais, la femme prend une nouvelle place, celle-ci devient centrale. Aujourd'hui, la femme a le choix de ne plus se soumettre au joug masculin d'une société encore trop souvent patriarcale.

 

100 YEN LOVE / bande-annonce (anglais)