Une fois de plus Andō Sakura interprète un rôle sur mesure dans un film magistral.

L'histoire de "0.5mm" évoque le délaissement des personnes âgées dans nos sociétés, puisqu'il s'agit d'un thème universel. Livrées à la violence d'un monde qui accélère à côté d'eux, et dont ils n'ont plus le corps, ni les codes pour suivre le rythme, ni0 pour se protéger des facteurs de danger. Mais, le plus souvent, ce sera la déchéance du corps qui sera le pire ennemi. Paradoxalement, c'est par une ingérence dans leur quotidien que Yamagishi Sawa (Andō Sakura), une jeune femme qui a tout perdu et qui n'a même plus de domicile, entre dans la vie de ces vieilles personnes. Elle est à l'affût et, dès que la rencontre est faite, elle observe. Son entrée en matière est quelque peu intrusive puisque c'est la plupart du temps en leur faisant du chantage. Pourtant, on se rend compte bien vite qu'elle va devenir leur ange gardien, le rayon d'une lumière qui éclaire leurs derniers jours. Sawa, en devenant leur aide à domicile, va instaurer auprès d'eux un halo qui les protège des agressions d'un extérieur qui ne fait pas de cadeau aux plus fragiles.

On prendra l'exemple de l'escroc Saito que Sawa empêche de détourner, par des investissements frauduleux, l'épargne du vieux Ishiguro Shigeru. Or, celui-ci ne recherchait que la bienveillance d'un ami. En fait, c'est la seule personne qui lui prêtait un peu d'attention. Mais, c'est la compassion de Sawa qu'il a croisée, par chance. Il y a encore l'histoire du vieux professeur  Makabe Yoshimi qui préfère s'enkister dans une vie faite de mensonges et de perversion. Quand Sawa va croiser son chemin et celui de sa femme, c'est un chamboulement psychique et providentiel qui va bouleverser sa vie.

Le film est composé de plusieurs histoires qui se déroulent au gré de l'errance de Sawa et de ses rencontres. La réalisatrice se pose littéralement sur chaque séquence et laisse le temps suivre son cours. Ceci permet aux spectateurs de s'attacher aux différents personnages et parfois même de s'en apitoyer. Certains pourront trouver des longueurs (c'est un film de plus de 3 heures [198 mn]) dans le déroulé de l'histoire. D'autres, comme moi, profiteront de ces instants atypiques dans une vie et savoureront la moindre parcelle d'un film qui repose non seulement sur la qualité du jeu, mais aussi sur le dynamisme d'un scénario qui, au regard du sujet traité, pourrait vite s'enfermer dans des platitudes.

Petit clin d'oeil de la réalisatrice à son père, lui-même réalisateur et acteur, lors de la scène au cinéma, où Andō Sakura (Sawa) et Tsugawa Masahiko (Professeur Makabe) visionnent le film "Une adolescente" (2003) de Okuda Eiji. Une histoire de famille donc puisque Momoko est aussi la soeur de Andō Sakura.

0"0.5mm" entraîne le spectateur vers des émotions, toutes plus contractées les unes que les autres, qui vont de la joie à la tristesse en passant par l'amour. Bien entendu, un film qui évoque la vieillesse touche ce petit rien qui rappelle que nous sommes mortels. Ce petit dénominateur qui relie chacun d'entre nous en tant qu'individu doté d'intelligence.

Qui d'autre qu'un réalisateur asiatique saurait, actuellement, aussi bien montrer la vieillesse, si crûment et sans détours ? Un corps âgé qui ne soit pas recouvert d'un vernis néo romantique suffisamment acceptable pour le regard des gens, où la perte de mémoire serait le principal symptôme. Ici, Andō Momoko montre les corps qui pissent, qui chient, les corps qui se dégradent mais qu'on ne veut plus regarder de face, des corps qui souffrent mais des corps qui veulent aimer et être aimés.

Les amateurs de cinéma japonais regretteront que ces bons films ne sortent pas en France, d'autant que, les négliger c'est passer à côté d'une génération d'acteurs et de réalisateurs japonais qui sont en train de créer les codes d'un nouveau cycle du cinéma nippon. On ne remerciera donc pas assez tous ceux qui, sur le Net, mettent ces films à disposition et en font les sous-titrages.

Andō Sakura qui interprète le rôle de Shibata Nobuyo dans "Une affaire de famille" de Kore-eda Hirokazu, film qui vient d'être récompensé par la Palme dOr du Festival de Cannes (2018), est une actrice sublime qui nous épate à chacun de ses films.

NOTA : En fait, "0.5 mm" a la même signification que l'histoire du Colibri et de la goutte d'eau : "Quand un homme est poussé à l'extrême, son esprit brille et dépasse ses limites. Et il se réveillera en tant qu'individu. Et il déplacera des montagnes. La montagne est notre esprit collectif. Un esprit seul peut la déplacer de 0.5 mm. Mais si chacun pousse 0.5 mm, même une montagne peut être déplacée, marquant ainsi le début d'une révolution. Se surpasser dans l'adversité vous éveille et vous libère à ce moment-là. En offrant un aperçu de la lumière éternelle. Et, propageant l'amour pour protéger la vie."

映画『0.5ミリ』予告編